

TRONCO E NU (littéralement «tronc et nu») part de la contemplation répétée, à travers les vitres de notre voiture, de ces immenses champs plantés d’oliviers millénaires et de chênes-liège. Et d’une rêverie : les oliviers sont de vieilles dames habillées de dentelle, les chênes-liège sont des hommes robustes et sanguins, des hommes-taureaux marqués au fer. J’ai tenté de filmer le kaléidoscope des oliveraies et des chênaies d’Alentejo. J’ai demandé à Renzo Paucarcaja d’enregistrer pour moi un long morceau de digiridu, ce vieil instrument qui consiste en un tronc d’arbre évidé. Enfin, j’ai voulu que ça se transforme en une suite musicale haletante…
ANTÓNIA est un de ces films-flash dont il nous arrive de rêver. Notre ex-étudiante Diana Regal, chez qui on logeait pendant le week-end de tournage improvisé de TRONCO E NU, avait commandé à une vieille dame de Viana do Alentejo, des «padinhas» à l’anis: des pains sucrés traditionnels des fêtes de Pâques. Nous sommes allés en voir la fabrication manuelle. Nous avons fait la rencontre d’Antónia qui nous a volontiers raconté son histoire, tandis qu’elle travaillait la très lourde pâte des «padinhas». Au sortir de cette visite, nous avons filmé la rue qui va du lieu de confection et cuisson à notre maison d’accueil. Nous avons monté ces images sur un solo de flûte pascal recueilli il y a plus d’un demi-siècle, Nous avons trouvé qu’ANTÓNIA était le volet humain de TRONCO E NU, où l’on ne voit (quasiment) personne.
MOIRAS répond à un défi de filmage lancé par Diana Regal, une jeune femme du Nord suburbain, qui ayant migré vers le Sud rural désertifié, a mis en place un atelier de récupération de laines destinées à être brûlées, car elles proviennent de la tonte de troupeaux trop petits pour que la commercialisation de cette matière première soit viable. Sa «fête de la laine» a coïncidé avec le 25 avril, date de la libération du régime fasciste au Portugal. Cela a consisté, principalement, en une rencontre exaltante entre des faiseuses de feutre, des chanteuses d’une chorale populaire, un tondeur et son assistante, un berger et son troupeau… et des cinéastes complices. Nous avons essayé de traduire un peu ce que chantent ces femmes qui décrivent la révolution comme la transformation du pays en un vaste jardin. Et… lâchez vos télés pour aller danser dans les prairies tant qu’il reste de l’herbe et des fleurs à brouter… !
Je m’en allais je ne sais où
Où allais-je je ne sais plus
J’ai trouvé la liberté
Au mois d’avril adossée
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Et tout s’est passé ainsi
Plus de peine plus de souci
Courage des capitaines
Avec leurs fleurs aux fusils
Le pays fut un jardin
Réalisation : Régina Guimaraes & Saguenail
Production : Hélastre