
« Pourquoi avoir choisi un sujet aussi intime pour un premier film ? » demande un spectateur. « Au départ, filmer mon frère en train de reprendre l’exploitation de mon père, n’était pour moi qu’un simple essai, sans aucun projet précis. » répond Philippe Ayme, jeune réalisateur venu présenter son film pour ce deuxième rendez-vous autour d’un documentaire, initié il y a deux mois par Ciné Pause. « Ensuite je me suis pris au jeu, et une production ardéchoise m’a orienté vers une résidence d’écriture à Lussas. Peu à peu j’ai eu envie de faire de cette histoire familiale quelque chose de construit.»
Après un BTS audiovisuel, Philippe Ayme s’est orienté
vers le documentaire et signe avec ce film intitulé « De père
en fils » sa première réalisation. Deux ans durant il
a filmé cette passation familiale, à l’écoute
de son père et de son frère, s’en tenant à une
sorte d’état des lieux, avec une volonté de ne pas prendre
parti, bien qu’immergé dans une relation complexe.
Samedi Philippe était accompagné de Yannick Coutheron, monteur du film et animateur de ces soirées de Ciné Pause. « Le plus intéressant dans ce travail, déclarait Yannick, a été de respecter cette intimité et de construire à deux quelque chose d’ouvert à tous, avec un parti pris de demeurer dans la sensation et de ne pas être explicatif. »
Le résultat est un beau film, qui commence d’une façon tout à fait classique et évolue peu à peu vers un regard de plus en plus esthétisant, en corrélation parfaite avec l’évolution de son frère, de plus en plus créatif et innovant au sein de la ferme. La caméra s’attarde en une série de gros plans, sur les mains égrappant le raisin, un tourbillon d’écume dans la cuve, ou le vent sur la chaîne d’une lampe. La séquence de distillerie de la lavande est superbe, doublée d’un fond sonore créé à partir de sons réels mis en musique par David Trescos.
Le public, venu nombreux cette fois encore s’est montré curieux aussi bien de la construction du film, de la production, que de l’histoire elle-même. Une histoire d’où émergent des questions vieilles comme le monde, telles que la paternité, la transmission et tout simplement l’amour. Philippe Ayme a non seulement du talent, mais un bon sens de la communication qui fit de cette soirée un moment très convivial.